• Enfants cobaye en 1942 de Jean-Louis Payen

    Enfants cobaye en 1942 de Jean-Louis PayenLes éditions des Rosiers - Avril 2012 - ISBN : 9791090108042 - 109 pages

    Ce livre, acheté hier lors de la vente organisée par la bibliothèque diocésaine, est sous-titré Créateurs de l'"humanomètre".

    Jean-Louis Payen, hépato-gastro-entérologue passionné d'éthique a en effet découvert lors de ses recherches bibliographiques pour son premier livre De la jaunisse à l'hépatite C, un article d'un médecin allemand de 1942, évoquant une expérimentation "réalisée chez des volontaires sains d'origine polonaise pour déterminer les modes de transmission des agents infectieux provoquant la jaunisse". Des recherches plus approfondies lui permettent de découvrir qu'en guise de volontaires, ce sont des enfants juifs, d'origine polonaise, initialement déportés à Auschwitz qui furent les sujets de cette étude.

    Le livre, préfacé par un survivant, Saul Oren-Hornfeld est donc basé sur de nombreux faits réels.

    Abraham et Boris vivent une enfance aussi paisible que possible en Pologne, dans le ghetto de Varsovie. Ce jour de l'été 1942, ils se retrouvent pour fêter leurs 12 ans, autour d'une miche de pain. Mais le ghetto est évacué. Et ils partent à Auschwitz. De là, ils sont sélectionnés et rejoigne le Revier du camp de Sachsenhausen.

    Là les docteurs Vogel et Dhomer leur inoculent volontairement la jaunisse. Abraham la développe. Et subira notamment une ponction hépatique. Par chance, il se remet de la jaunisse et sa plaie ne s'infecte pas. Il survivra au camp. Avec son cousin Boris, pour tuer le temps, ils développent l'humanomètre et notent sur une échelle de 0 à 10 les membres de leurs vie d'avant, les gens du camp ... Ils ré-écrivent aussi des poèmes originaux (Abraham ayant rêvé tout l'été se trouva fort dépourvu quand les nazis furent venus ...) et sont désormais protégés par deux médecins français Doucer et Le Tendre.

    En avril 1945, le camp est bombardé par les alliés. Boris meurt.

    A la libération du camp quelques jours plus tard (les prisonniers du Revier avaient échappé aux marches forcées de la mort), Doucer lui propose de venir à Paris avec lui. Un jour, au Lutetia, il découvre sur les listes qu'il ne faut plus espérer et qu'il est le seul survivant de sa famille.

    Il se reconstruit. Occasion pour l'auteur de raconter l'évasion de Salomon où comment des Justes sauvèrent la vie de juifs, au péril de la leur. Ou d'évoquer le moulin de Moissac (sorte d'Izieu mais où les enfants furent répartis à temps entre des familles).

    Abraham devient médecin et milite sans relâche pour les droits de l'enfant et l'encadrement des expérimentations humaines, ce qui lui vaut d'être invité pour prononcer un discours lors de la séance inaugurale  de la convention de l'ONU sur les droits de l'enfant en 1978. Il y rend un vibrant hommage à Boris, décrit ce qu'il a subi au Revier et présente l'humanomètre, cet outil qui permet de mesurer l'intelligence du cœur et le degré d'humanité. Il évoque également la théorie des 4 (ou 5) champs :

    • celui de la science et de la technique (qui ne fixe pas un cadre suffisant pour que les êtres vivants soient respectés)
    • le politico-juridique (qui n'est pas exempt de limite si l'on pense aux lois antijuives justifiant la discrimination)
    • le champ de la morale, largement inspiré des racines judéo-chrétiennes de l'Europe (mais où le texte prime)
    • et celui de l'éthique qui repose sur les principes d'autonomie et de bienfaisance
    • (plus celui de la spiritualité)

    Pour Abraham, c'est l'éthique qui en dernier lieu doit éclairer tous les débats.


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