• D'encre et de papier

    Plaisir des mots lus ou entendus

  • Les silences de Lucie d'Alice PASINAÉditions FranceLoisirs - ISBN : 9782298129984 - 398 pages

    Ce premier livre d'Alice Pasina a réveillé quelques souvenirs ... Merci à Linette d'avoir attendu que je sois revenue à moi pour me laisser le lire.

    p. 28 J'ai décelé sa douleur parce que je suis allée bien plus loin que le sourire qu'elle affiche sur son visage, j'ai plongé dans ses grands yeux et j'ai compris. [...] Plus fort que les mots, le regard ne trompe pas celui qui sait le lire. Ce que j'appelle aujourd'hui l'intelligence émotionnelle ...

    p. 47 Oui, Ludovic, je sais que tu es rentré. Je le savais bien avant que tu ne passes la porte. D'ailleurs, depuis quelques temps, j'ai l'étrange sensation d'avoir développé un don qui met tous mes sens en éveil quand je sens qu'il est sur le point de m'approcher.  J'ai, quelques minutes avant son arrivée, un pressentiment [...]. Je deviens un animal en alerte, instinctivement je produis une réaction impulsive et instantanée à l'approche du danger [...] et la peur s'installe alors en moi. Face à ds situations où un animal sent sa vie en danger, les réactions de chacun peuvent être différentes et parfois mêmes surprenantes. Certains vont fuir ou se cacher à l'approche de ce danger, d'autres encore, plus téméraires, plus courageux, vont attaquer même si l'ennemi est beaucoup plus gros. Moi, ni je ne fuis, ni je ne me cache, ni je n'attaque, je laisse faire, sans dire un mot. Quel animal est capable de laisser faire et subir en silence ? La chèvre ? Même pas, si on se rappelle l'histoire de la chèvre de monsieur Seguin. Moi, plutôt que lutter, je préfère accepter ce qui m'arrive.

    Tourne p. 48-49 Je dois juste faire en sorte que l'idée  [...] vienne de lui pour qu'il la valide plus facilement. Autorisation, assentiment, accord, agrément, aval, acceptation, acquiescement, approbation que de mots en "a" pour passer un week-end avec mes enfants et mes parents !

    p. 93 Tous les jours, il m'a montré sa force qui ma rongée comme la mer ronge la falaise au fil du temps. Les vagues se jettent et cognent inlassablement contre ses parois, puis doucement mais sûrement elles grignotent, grignotent et grignotent la matière jusqu'à créer une faille où l'eau s'incruste et s'infiltre pour ensuite affaiblir, estropier et détruire l'immense falaise que l'on pensait pourtant inébranlable. Et de temps en temps, une bonne grosse tempête dévastatrice avec de bonnes grosses vagues pour finir de défigurer et ruiner le paysage déjà abimé. Cette violence [...] morale a sur moi un effet de cisaillement sur le fond de ma pensée et de ma personnalité, comme un arrachement de conscience. Exactement comme les vagues et les courants ont un effet de succion sur la matière, lui, il arrache et pompe tout doucement ma force pour s'en imprégner. Plus je m'affaiblis, plus il grandit, c'est un parasite qui se nourrit de mon souffle vital.

    J'ai aussi, sur un plan plus culturel, découvert le mythe d'Aristophane.

    p. 218-219 Le mythe d'Aristophane, la réponse à nos questions ! Celui où deux être qui s'aimaient ne formaient qu'une seule et même personne, celui où l'amour qui les unissait était si fort, si pur et les rendait tellement heureux que leur bonheur était jalousé par les dieux eux-mêmes, tant et si bien que Zeus décida de les priver de cette béatitude trop affichée, trop visible, trop enviée au sein de l'Olympe. Il coupa alors tous ces êtres en deux, et éparpilla chaque moitié sur la terre entière. Dès lors, toutes ces moitiés de créatures éloignées les unes des autres n'avaient qu'un seul objectif, qu'un seul souhait, qu'une seule quête, se retrouver pour former à nouveau ce corps et cet esprit unis par l'amour et punis si injustement par un dieu jaloux. C'est ce que j'appelle la quête du Graal, trouver une personne, non, pas une, mais LA personne qui s'accorde parfaitement à soi. Trouver l'amour, le véritable amour, celui qui nous incite à aller plus loin encore, celui pour lequel on se surpasse sans même s'en rendre compte, celui qui nous fait grimper aux arbres malgré les obstacles pour voir le ciel.


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  • Bienveillant avec soi-même de Christophe CarréÉditions Eyrolles - ISBN : 9782212560664 - 200 pages

    Sous-titré Pouvoir compter sur soice livre de Christophe Carré, consultant en communication et médiateur, se propose, en 10 chapitres, de faire de nous notre meilleur ami :

    1. Être le changement que nous voulons voir pour le monde

    2. Comprendre qui nous sommes

    3. Déjouer le jeu de l'ego

    4. Prendre un chemin plus doux vers soi

    5. Accueillir la réalité

    6. Prendre soin de nos émotions

    7. Développer notre pouvoir d'agir

    8. Faire le choix de vivre heureux

    9. Inviter l'humilité

    10. Mourir sans regret

     

    Couplant exposés et exercices, il vise à nous apprendre à devenir un bon compagnon pour nous-même : "doux, accueillant, attentif, sensible et lucide".

    Il nous offre d'importantes mises au point sur l'individualisme, à ne pas confondre avec l’égoïsme moderne (le soiisme), convie tour à tour SocratePlaton ... ou Epictète (p. 89) :

    "Ce qui troublent les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu'ils portent sur ces choses. [...] Lorsque donc nous sommes traversés, troublés, chagrinés, ne nous en prenons jamais à un autre, mais à nous-mêmes, c'est-à-dire à nos jugements propres. Accuser les autres de ses malheurs est le fait d'un ignorant ; s'en prendre à soi-même est d'un homme qui commence à s'instruire ; n'en accuser ni un autre ni soi-même est d'un homme parfaitement instruit."

    Et s'il fallait ne retenir qu'une des citations qu'il nous partage, ce serait celle de Bernard le Boivier de Fontenelle (p. 159) : "Ne prenez pas la vie trop au sérieux, de toute façon, vous n'en sortirez pas vivant."

    Donc "Mieux vaut rire que pleurer" comme le chante ma copine Aissate :


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  • Le Dernier Jour d'un Condamné de Victor HugoÉditions Folio classique - ISBN : 9782072699917 - 200 pages

    Chamalo m'a donné envie de découvrir les œuvres d'Hugo que je n'avais pas encore lu. Et j'ai souhaité commencer par un de ses premiers écrits engagés (voire le premier) : le dernier jour d'un condamné.

    Comme l'éditeur Gosselin en son temps, j'aurais aimé savoir quel crime avait commis cet homme.

    Mais là n'est pas le propos le plus important.

    Les descriptions, comme toujours chez Hugo, sont précises. Celle du peuple de Paris se massant place de la Grève et sur le trajet du condamné à mort m'ont rappelé le tableau la Peine capitale d'Emile Friant découvert l'an passé lors de la rétrospective que lui a consacré le Musée des Beaux Arts de Nancy.

    Le Dernier Jour d'un Condamné de Victor Hugo

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    L'édition est notamment complétée par la préface de 1832, soit 3 ans après la première sortie de l'ouvrage, qui restitue notamment le contexte historique de l'époque et les raisons de l'engagement d'Hugo.

    "Sous la patte de velours du juge on sent les ongles du bourreau."

    "Aux colonies, quand un arrêt de mort tue un esclave, il y a mille francs d'indemnités pour le propriétaire de l'homme. Quoi ! Vous dédommages le maître et vous n'indemnisez pas la famille !"

    "L'édifice social du passé reposait sur trois colonnes, le prêtre, le roi, le bourreau. Il y a déjà longtemps qu'une voix a dit : Les Dieux s'en vont ! Dernièrement une autre voix s'est élevée et a crié : Les rois s'en vont ! Il est temps maintenant qu'une troisième voix s'élève et dise : Le bourreau s'en va ! Ainsi l'ancienne société sera tombée pierre à pierre [...]. Et l'ordre ne disparaîtra pas avec le bourreau ; ne le croyez point. [...] La civilisation n'est autre chose qu'une série de transformations successives. A quoi donc allons-nous assister ? à la transformation de la pénalité. La douce loi du Christ pénétrera enfin le code et rayonnera à travers. On regardera le crime comme une maladie, et cette maladie aura ses médecins qui remplaceront vos juges, ses hôpitaux vos bagnes. La liberté et la santé se ressembleront. On versera le baume et l'huile où l'on appliquait le fer et le feu. On traitera par la charité ce mal qu'on traitait par la colère. Ce sera simple et sublime. La croix substituée au gibet. Voilà tout.                                                                                                                                  15 mars 1832"

     


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  • La vie secrète des arbres de Peter WohllebenÉditions Les Arènes - Mars 2017 - ISBN : 9782352045939 - 261 pages

    Merci à l'amie qui après avoir suivi avec moi la visite guidée du 14ème jardin éphémère consacré cette année aux arbres, m'a prêté cet ouvrage, sous-titré "Ce qu'ils ressentent, comment ils communiquent".

    Moi qui me suis toujours sentie si bien en forêt, et qui ai un temps envisagé de devenir ingénieur forestier, je me suis vraiment régalée et ai complété mes connaissances sur ce formidable écosystème.

    Un bon complément, très accessible, au film L'intelligence des arbres que j'ai aussi eu plaisir à visionner à l'automne 2017 :

     

    Même si une partie de la communauté scientifique reste très réticente face à ce que décrit Peter Wohlleben, j'espère que vite nous saurons faire plus attention à la planète qui nous est confiée.


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  • La vie en bleu de Martin SteffensÉditions Marabout - Février 2014 - ISBN : 9782501084451 - 221 pages

    Dans cet ouvrage, sous-titré "Pourquoi la vie est belle même dans l'épreuve", Martin Steffen nous invite à comprendre le sens caché des épreuves qui font que nous sommes fondamentalement vivants et appelés à grandir.

    Lorsque nous traversons une épreuve, ou plutôt quand nous sommes traversés par elle, tout ce que nous sommes se trouve réduit à néant : nos forces vitales, notre espérance, notre courage. Comment dès lors retrouver goût à la vie et choisir de l'embrasser pleinement, d'accepter ce qu'elle nous offre, de bon comme de plus douloureux.

    Le philosophe tord le coup à l'idée de "la vie en rose", qui voudrait que nous subissions les montagnes russes avec des passages sans dégradé du rose en noir. Pour lui, la vie se décline en bleu, le bleu de travail, celui des ecchymoses, mais aussi celui de ces ciels azuréens si apaisants. 

    Merci à D. qui m'a permis de lire ce livre pour bien débuter l'année 2017.

    Je vous partage les citations qui ont le plus résonné.

    p. 12 : L'épreuve veut qu'on l'affronte, non qu'on se laisse confondre par elle.

    p. 29 : La vie, en effet, est comme le bleu de travail qu'on doit enfiler chaque matin, pour faire du jour qui se lève l'occasion de belles choses.

    p. 46 : Si je ne sais pas être grand dans les petites choses, je ne le serai pas dans les grandes.

    p. 77 : Il n'y a qu'un danger : s'épargner la souffrance de vivre.

    p. 99 : Consentir à l'épreuve ce n'est pas seulement en recevoir le coup mais endurer aussi le fait qu'il faille, malgré elle, durer.

    p. 100 : Quand on ne peut plus croître, il faut au moins ne pas trop diminuer. Il faut pour cela de l'endurance mais pas seulement : l'espérance est ici primordiale. Travailler la patience de l'épreuve, c'est en effet entendre par avance quel dénouement, pour le moment si lointain qu'on le croit impossible, elle apporte pourtant. Travailler la patience de l'épreuve  [...] c'est, humblement, se laisser travailler par l'épreuve. "Se laisser faire", au sens fort du mot "faire" : il faut consentir à se laisser sculpter par les coups de la vie, quand nous ne pouvons plus leur opposer aucune résistance.

    p. 104 : Clore une journée, c'est [... ] remettre à plus fort que soi [...] les soucis qui nous ont habités durant la journée. C'est prendre un temps qui ne soit que présence, pour dire à ce jour son "adieu". "A-Dieu", oui, puisqu'on se dépossède de ces problèmes dont l'avenir seul pourrait nous dire s'ils étaient aussi sérieux qu'on aime à le croire. "Adieu" aussi car ce jour ne reviendra pas : si l'épreuve , demain, est encore là, c'est sous un autre jour que je la verrai, que je l'affronterai, plus reposé déjà, plus vieux d'un jour, c'est-à-dire plus proche de la sagesse qui revient aux hommes expérimentés.

    p. 105 : A rebondir trop vite, on se dégonfle aussitôt.

    p. 109 : Le mot grec qui a donné acédie [...] peut se traduire par "indifférence" : c'est une absence de goût qui gâche tout. Ce n'est pas un hasard si le vieux nom de la dépression désigne un mal monastique : car si le moine s'est retiré du monde pour purifier ses désirs, il prend alors le risque terrible de se purifier du désir - c'est-à-dire de ne plus rien désirer.

    p. 110 : Comment lutter contre la mort du désir quand une telle lutte suppose déjà le désir ? [...] L'épreuve de la dépression a donc ceci de particulier qu'elle tient sa dureté de la mollesse qui recouvre toute chose.  [...] C'est l'invitation insistante à laisser s'endormir mes promesses d'homme. Cette épreuve est belle et bien invisible comme la poussière, silencieuse comme son lent dépôt, muette comme l'est un ennemi intérieur, mais perverse comme cette mauvaise voix qui, sûre d'elle-même, annonce par avance l'échec de tout ce que j'entreprends. Une épreuve, somme toute, sans éclat, sans champ de bataille : mais c'est cela précisément qui la rend si terrible. Quelle solution pour s'en tirer ? Le propre de la dépression est précisément de faire croire qu'on ne s'en sortira pas.

    p. 111 : Que faire alors ? Rien, justement, et c'est en cela que consiste la patience : elle est l'action de ne pas faire, d'accompagner l'impossibilité de faire. Se contenter de faire jour après jour, si c'est possible, quad cela le sera, les gestes quotidiens. Surtout ne pas espérer guérir tout de suite. Ne pas viser plus loin que le bout de ce geste qu'il faut accomplir pour rester propre, et que la maison soit entretenue.

    p. 113 : Toute vie commence aujourd'hui. [...] Sitôt qu'il y a une éclaircie, en marche.

    p. 114 : Le kairos, c'est le moment opportun : avant lui, c'est encore trop tôt ; après lui, c'est un peu trop tard. Le concept a sans doute été forgé par Aristote, mais le mot avait cours dans le domaine de la médecine, pour déterminer le moment propice à [l'administration] de tel remède, ou de la stratégie militaire, pour désigner la décision qu'on prend, au bon moment, pour lancer l'offensive. [...] Pour ce qui nous concerne, c'est l'appel de l'instant auquel il faut répondre : l'éclaircie où il faut s'immiscer.

    p. 119 : Afin de déployer au cœur de l'épreuve la force qu'elle exige, il faut, à un moment quelconque, lui dire "oui".

    p. 124 : Un jour, tu seras à la juste distance de ton épreuve : ni trop près, comme ce jour où elle t'arrache un cri ; ni trop loin, comme si l'on pouvait lui être indifférente.

    p. 133 : Si notre pouvoir sur les choses est limité, celui que nous avons sur nous, dans notre façon de prendre les choses, est infiniment plus grand.

    p. 143 : A cela il n'est qu'un seul remède : comprendre que si on les reçoit sans les vouloir, on est toutefois responsable de ce que l'on fait de ses blessures. Ce trou dans ma peau est ou bien une voie vers la souffrance des autres, ou bien ce dont j'userai pour les faire taire. Il faut de l'humilité pour reconnaître qu'on fut victime du mal. Il en faut aussi pour déployer l'histoire de cette blessure dans le sens de la vie, et non de la mort.

    p. 178 : Esquiver le conflit, au contraire, c'est le nourrir.

    p. 184 : Il faut parfois être blessé pour que passe par nous un peu de lumière : "to bless", qui en français donne "blessure", signifie en anglais "bénir". Se  soustraire à l'épreuve, ou interdire à autrui de souffrir comme il souffre, c'est peut-être empêcher toute croissance future.

    p. 187 : "La confiance qu'on fait" est l'acte par lequel on met l'être aimé face à ses responsabilités.


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