• D'encre et de papier

    Plaisir des mots lus ou entendus

  • La vie en bleu de Martin SteffensÉditions Marabout - Février 2014 - ISBN : 9782501084451 - 221 pages

    Dans cet ouvrage, sous-titré "Pourquoi la vie est belle même dans l'épreuve", Martin Steffen nous invite à comprendre le sens caché des épreuves qui font que nous sommes fondamentalement vivants et appelés à grandir.

    Lorsque nous traversons une épreuve, ou plutôt quand nous sommes traversés par elle, tout ce que nous sommes se trouve réduit à néant : nos forces vitales, notre espérance, notre courage. Comment dès lors retrouver goût à la vie et choisir de l'embrasser pleinement, d'accepter ce qu'elle nous offre, de bon comme de plus douloureux.

    Le philosophe tord le coup à l'idée de "la vie en rose", qui voudrait que nous subissions les montagnes russes avec des passages sans dégradé du rose en noir. Pour lui, la vie se décline en bleu, le bleu de travail, celui des ecchymoses, mais aussi celui de ces ciels azuréens si apaisants. 

    Merci à D. qui m'a permis de lire ce livre pour bien débuter l'année 2017.

    Je vous partage les citations qui ont le plus résonné.

    p. 12 : L'épreuve veut qu'on l'affronte, non qu'on se laisse confondre par elle.

    p. 29 : La vie, en effet, est comme le bleu de travail qu'on doit enfiler chaque matin, pour faire du jour qui se lève l'occasion de belles choses.

    p. 46 : Si je ne sais pas être grand dans les petites choses, je ne le serai pas dans les grandes.

    p. 77 : Il n'y a qu'un danger : s'épargner la souffrance de vivre.

    p. 99 : Consentir à l'épreuve ce n'est pas seulement en recevoir le coup mais endurer aussi le fait qu'il faille, malgré elle, durer.

    p. 100 : Quand on ne peut plus croître, il faut au moins ne pas trop diminuer. Il faut pour cela de l'endurance mais pas seulement : l'espérance est ici primordiale. Travailler la patience de l'épreuve, c'est en effet entendre par avance quel dénouement, pour le moment si lointain qu'on le croit impossible, elle apporte pourtant. Travailler la patience de l'épreuve  [...] c'est, humblement, se laisser travailler par l'épreuve. "Se laisser faire", au sens fort du mot "faire" : il faut consentir à se laisser sculpter par les coups de la vie, quand nous ne pouvons plus leur opposer aucune résistance.

    p. 104 : Clore une journée, c'est [... ] remettre à plus fort que soi [...] les soucis qui nous ont habités durant la journée. C'est prendre un temps qui ne soit que présence, pour dire à ce jour son "adieu". "A-Dieu", oui, puisqu'on se dépossède de ces problèmes dont l'avenir seul pourrait nous dire s'ils étaient aussi sérieux qu'on aime à le croire. "Adieu" aussi car ce jour ne reviendra pas : si l'épreuve , demain, est encore là, c'est sous un autre jour que je la verrai, que je l'affronterai, plus reposé déjà, plus vieux d'un jour, c'est-à-dire plus proche de la sagesse qui revient aux hommes expérimentés.

    p. 105 : A rebondir trop vite, on se dégonfle aussitôt.

    p. 109 : Le mot grec qui a donné acédie [...] peut se traduire par "indifférence" : c'est une absence de goût qui gâche tout. Ce n'est pas un hasard si le vieux nom de la dépression désigne un mal monastique : car si le moine s'est retiré du monde pour purifier ses désirs, il prend alors le risque terrible de se purifier du désir - c'est-à-dire de ne plus rien désirer.

    p. 110 : Comment lutter contre la mort du désir quand une telle lutte suppose déjà le désir ? [...] L'épreuve de la dépression a donc ceci de particulier qu'elle tient sa dureté de la mollesse qui recouvre toute chose.  [...] C'est l'invitation insistante à laisser s'endormir mes promesses d'homme. Cette épreuve est belle et bien invisible comme la poussière, silencieuse comme son lent dépôt, muette comme l'est un ennemi intérieur, mais perverse comme cette mauvaise voix qui, sûre d'elle-même, annonce par avance l'échec de tout ce que j'entreprends. Une épreuve, somme toute, sans éclat, sans champ de bataille : mais c'est cela précisément qui la rend si terrible. Quelle solution pour s'en tirer ? Le propre de la dépression est précisément de faire croire qu'on ne s'en sortira pas.

    p. 111 : Que faire alors ? Rien, justement, et c'est en cela que consiste la patience : elle est l'action de ne pas faire, d'accompagner l'impossibilité de faire. Se contenter de faire jour après jour, si c'est possible, quad cela le sera, les gestes quotidiens. Surtout ne pas espérer guérir tout de suite. Ne pas viser plus loin que le bout de ce geste qu'il faut accomplir pour rester propre, et que la maison soit entretenue.

    p. 113 : Toute vie commence aujourd'hui. [...] Sitôt qu'il y a une éclaircie, en marche.

    p. 114 : Le kairos, c'est le moment opportun : avant lui, c'est encore trop tôt ; après lui, c'est un peu trop tard. Le concept a sans doute été forgé par Aristote, mais le mot avait cours dans le domaine de la médecine, pour déterminer le moment propice à [l'administration] de tel remède, ou de la stratégie militaire, pour désigner la décision qu'on prend, au bon moment, pour lancer l'offensive. [...] Pour ce qui nous concerne, c'est l'appel de l'instant auquel il faut répondre : l'éclaircie où il faut s'immiscer.

    p. 119 : Afin de déployer au cœur de l'épreuve la force qu'elle exige, il faut, à un moment quelconque, lui dire "oui".

    p. 124 : Un jour, tu seras à la juste distance de ton épreuve : ni trop près, comme ce jour où elle t'arrache un cri ; ni trop loin, comme si l'on pouvait lui être indifférente.

    p. 133 : Si notre pouvoir sur les choses est limité, celui que nous avons sur nous, dans notre façon de prendre les choses, est infiniment plus grand.

    p. 143 : A cela il n'est qu'un seul remède : comprendre que si on les reçoit sans les vouloir, on est toutefois responsable de ce que l'on fait de ses blessures. Ce trou dans ma peau est ou bien une voie vers la souffrance des autres, ou bien ce dont j'userai pour les faire taire. Il faut de l'humilité pour reconnaître qu'on fut victime du mal. Il en faut aussi pour déployer l'histoire de cette blessure dans le sens de la vie, et non de la mort.

    p. 178 : Esquiver le conflit, au contraire, c'est le nourrir.

    p. 184 : Il faut parfois être blessé pour que passe par nous un peu de lumière : "to bless", qui en français donne "blessure", signifie en anglais "bénir". Se  soustraire à l'épreuve, ou interdire à autrui de souffrir comme il souffre, c'est peut-être empêcher toute croissance future.

    p. 187 : "La confiance qu'on fait" est l'acte par lequel on met l'être aimé face à ses responsabilités.


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  • Le face-à-main brisé d'Hélène ARVEL Editions Lau - Mars 2004 - ISBN : 9782847500998 - 168 pages

    L’histoire se passe en Meurthe-et-Moselle, au XX ème siècle  et est divisée en deux parties :

         * La première partie décrit la vie d'une famille que le destin n’a pas toujours épargné jusqu'à l'approche de la Libération, notamment à travers le prisme des femmes et de leurs labeurs, de leurs rôles et places différentes en fonction que les hommes sont au front ou que nous sommes entre les guerres (rares accalmies sur le territoire lorrain ...).

         * La seconde partie est plus complexe ... Elle part du souvenir d'une enfant choquée à 7 ans à la Libération de sa ville du spectacle des 5 femmes humiliées pour avoir pactisé avec l'ennemi allemand et de sa rencontre fortuite en 1997 avec une dame âgée dans un train, qu'elle revoit hebdomadairement et qui lui révélera (entre autres) qui était la jeune fille qu'elle avait ce jour là pressentie innocente. C'est donc le récit de ces rencontres et de ce que cela nous dit des descendantes des femmes suivies dans la première partie.

    Pour aller plus loin, le blog Les pages qui tournent, découvert à l'instant, propose un avis de Saiwhisper sur ce livre, avis que que je ne partage pas intégralement mais qui vous permet de disposer d'un autre éclairage. La lectrice n'était manifestement pas lorraine ni au fait qu'ici toutes les familles portent encore vives dans leurs mémoires celles des innombrables guerres d'un territoire longtemps convoité par les royaumes avoisinants pour sa place de carrefour,et forcément beaucoup plus exposés que d'autres lors des deux dernières guerres mondiales de part notre position frontalière.

    Vous pouvez également consulter quelques pages sur le site de l'auteur pour vous faire votre propre idée.


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  • Le dieu perdu dans l'herbe de Gaston-Paul EffaPresses du Châtelet - Novembre 2015 - ISBN : 9782845926271 - 182 pages

    J'ai entendu il y a quelques semaines à la radio, à la faveur d'un salon littéraire du côté de Metz, un entretien avec Gaston-Paul Effa qui venait présenter son livre sous-titré L'animisme, une philosophie africaine. 

    J'ai eu envie d'en savoir plus sur le retour à ses racines de ce fils de féticheur camerounais, devenu professeur de philosophie en France.

    Et je n'ai pas été déçu par ce qu'il nous livre des échanges avec une guérisseuse pygmée, Tala, qui lui ont permis de réconcilier ses deux cultures. Ces paroles de sagesse s'appliquent également à nous les occidentaux de souche ...

    Je vous en livre les citations qui m'ont le plus parlé, et vous laisse le soin de lire une critique "plus structurée" sur le site d'Africultures.

    Arrête donc de réfléchir. Vis ! (p. 43)

    Celui qui veut savoir apprends à écouter. (p. 63)

    Ne cherche pas à t'échapper du monde, creuse le. (p. 66)

    Je ne cherche pas à être heureuse tant que la joie est dans mon cœur. (p. 71)

    La joie fait tout ce qui te ravit en toi, alors que le bonheur le fait en dehors de toi. La joie dure alors que le bonheur n'est qu'éphémère. [...] Parvenir à la joie, c'est être en dehors du temps habituel. (p. 72)

    Tout luit de l'éclat de Dieu à qui sait regarder. (p. 75)

    Approfondis ton amour de la nature, tu n'en éprouveras que davantage de joie. (p. 81)

    L'animisme est une voie d'allégement : le regard amoureux s'ouvre et la bouche ne dit plus ce qui est vu par les yeux du cœur. (p. 82)

    Les morts ne sont pas morts. Ils sont dans les mille vents qui soufflent. Ils sont dans le tremblement de la flamme, dans les cristaux de neige qui tombent puis fondent, dans la lumière qui traverse les champs, dans le grain de pollen collé au ventre d'une l'abeille, dans la fleur qui se tourne vers le soleil, dans la douceur de la pluie d'automne. Chaque minute est cousue de mort et de naissance. Chaque seconde de la vie de maintenant répercute le battement d'une autre vie cachée dans celle-ci, qui s'éteint ou qui s'allume. (p. 84)

    Comment savoir alors que tu es heureux ? Lorsque tu es à tout ce que tu fais. l'univers entier s'offre alors soudain, tonique et étoilé. L'homme heureux est celui à qui rien, jamais, ne manque. (tourne p. 111 et 112).

    Le bonheur est dans les petites choses, dans les petits plaisirs, dans les joies minuscules : dans le vin que tu bois et que tu apprends à écouter en buvant, qui te raconte une histoire sur toi, sur l'autre, sur le monde. Il est dans la lumière qui se dégage des choses et des êtres sur lesquels se pose ton regard, dans les mots que tu accueilles avant qu'ils ne soient éteints dans ton esprit. Ne te pose pas la question de savoir si ce bonheur est durable ou éphémère : il est ce qu'il est. (tourne p. 112-113)

    Le bonheur vient à la rencontre de celui qui ne fait pas autre chose que vivre. [...] Sois à tout ce que tu fais. [...] Entre en contact avec le monde de façon à susciter en toi l'harmonie entre l'extérieur et l'intérieur. Fais le ménage en toi. (p. 114)

    La beauté s'enfante en toi et toi tu t'enfantes dans la beauté. (p. 121)

    Lorsque ton âme souffre de ne pas trouver la paix, la nature entière t'assiste pour te rappeler que tu oublies de te réconcilier avec toi-même. (p. 136)

    Un homme de pouvoir ne sera jamais droit. (p. 162)

    Possède le minimum de choses possibles. La seule chose que tu emporteras au moment de la mort, c'est la joie d'avoir aimé.  [...] Il y a diverses manières de mourir. la plus belle, c'est lorsque tu deviens silence, que ton cœur s'entrouvre comme une fleur et que l'univers entier se met à parler en toi. (p. 170)

    Il y a un bonheur à vivre ici-bas. Apprends à voler comme un nuage qui se charge d'eau, que boiront ceux qui n'ont pas la chance de voyager. Les nuages se déplacent toujours en pensant aux autres et en s'oubliant eux-mêmes. Lève donc toujours les yeux vers le ciel et tu reconnaîtras dans les nuages quelque chose de très ancien ou de très pur qui te parlera de toi, comme autant de lettres qu'il te faut apprendre à lire. (p. 172)

    Fais attention aux mots que tu prononces car ils transforment ceux qu'ils touchent. (p. 173)

    L'homme sage est celui qui se dresse sur ses faiblesses autant que sur ses forces. (p. 177)

     


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  • Folio - avril 2009 - ISBN : 978-2070379491 - 443 pages

    J'avais aimé Du domaine des murmures il y a 3 ans mais n'avais pas cherché à découvrir ce premier roman de Carole Martinez pourtant récompensé par neuf prix littéraires.

    Et puis au mois d'août, lors d'une ballade au parc de la Perrine, la première de couverture m'a attiré sur l'arbre à livre.

    Le coeur cousu de Carole Martinez

    Et l'écriture imagée et acérée du prologue m'a décidé à prendre ce livre de poche. "Mon nom est Soledad. Je suis née, dans ce pays où les corps sèchent, avec des bras morts incapables d'enlacer et de grandes mains inutiles. [...] Ma peau masque un long sablier impuissant à se tarir."

    Je n'ai guère le temps de lire. Donc le premier livre, Une rive, n'a été achevé que tout récemment (il raconte la vie à Santavela). Le livre 2, La traversée (qui dit la traversée de l'Andalousie en guerre civile, jusqu'à la mer), ce lundi au soleil de la place Stanislas sur le Jardin éphémère 2016 et le troisième livre, L'autre rive (et les sables du désert) et l'épilogue le soir même.

    "Il me faut t'écrire pour que tu disparaisses, pour que tout puisse se fondre au désert, pour que nous dormions enfin, immobiles et sereins, sans craindre de perdre de vue ta silhouette déchirée par le vent, le soleil et les pierres du chemin. O mère, il me faut ramener des profondeurs un monde enseveli pour y glisser ton nom, ton visage, ton parfum, pour y perdre l'aiguille et oublier ce baiser, tant espéré que jamais tu ne m'as donné ! Il me faut te tuer pour parvenir à mourir ... enfant. Mon lumineux cahier sera la grande fenêtre par où s'échapperont un à un les monstres qui nous hantent." (page 21)

    Ainsi commence le récit. C'est Soledad (solitude), la dernière fille de Frasquita Carasco, qui parle ou plutôt écrit. Soledad  a vieilli d'un coup le jour où elle a libéré sa sœur aînée de sa promesse de ne pas avoir d'enfants tant que ses sœurs, dont elle avait la charge ne serait pas toute mariée, flétrie d'un coup comme la robe de mariée de sa mère s'était fanée face à la jalousie du village. Soledad écrit sur le cahier, et avec l'encre et la plume trouvés dans la boîte que les femmes de sa génération se transmette avec des prières et des secrets.

    Sa mère Frasquita y trouva du matériel de couture, qui lui permis de coudre les âmes des gens à leurs corps. Elle devint une couturière de génie.

    Soledad, aui avait 4 ans au décès de sa mère, écrit :

    • sa mère Frasquita et ses talents qui la mirent au banc de la société de Santavela ; sa mère qui sait recoudre le coq rouge de son mari deux fois ; sa mère qui après avoir dû accepter de se donner au fils Heredia pour la dette de jeu de son mari, revêt sa belle robe de mariée, prends sa charrette et part avec ses 5 enfants sur les routes, loin, vers le sud ; sa mère qui redonne figure humaine à Salvador un anarchiste du Nord exilé par les autorités dont la figure a été mutilé par le garde
    • la folie de son charron d'époux, le José Carasco capable :
      • de rester des mois entiers dans le poulailler dont il est devenu le maître à la mort de sa mère qui avait tant d'ascendant sur lui,
      • de ne pas dormir deux mois durant à rouler les chiffres dans sa tête,
      • de jouer leurs meubles, leur maison puis sa femme lors de combats où il souhaite que son coq, le Dragon rouge, soit victorieux,
      • et coupable encore plus de contraindre son fils Pedro à se battre pour gagner de l'argent, en ignorant complétement le talent de dessinateur de ce dernier  (et le poussant au parricide)
    •  sa sœur aînée Anita, qui trouve enfin la parole en ouvrant la boîte en bois une fois les 9 mois après son initiation révolue ; Anita qui maîtrise les chiffres, a appris à lire avec le prêtre de la paroisse ; Anita qui prend soin de ses frères et sœurs ; Anita la conteuse

    Anita, ma sœur aînée, nous a rêvés du bout des doigt, du bout des lèvres. Dans sa voix, nos doubles ont poussé comme des bambous. Nous sommes morts chaque jour, sans ralentir le pas. Les petits corps, fouettés par la folie de notre mère, puisèrent leur force à la source des lèvres sèches d'Anita, dans le velouté de sa voix, dans sa tranquille prière. [...] Soumis au souffle d'Anita, nous devenions de grands voiliers et glissions murmurés aux pierres, à la mer, à des nuits sans étoile et sans songe. Et ses mains, vous ai-je parlé de ses mains ? Les mains des conteuses sont des fleurs agitées par le souffle chaud du rêve, elles se balancent en haut de leurs longues tiges souples, fanent, se dressent, refleurissent dans le sable à la première averse, à la première larme, et projettent leurs ombres géantes dans des ciels plus sombres encore, si bien qu'ils paraissent s'éclairer, éventrés par ces mains, par ces fleurs, par ces mots. Anita ne sait plus lire, elle a oublié, elle s'est soudain refusée aux mots écrits. Elle dit que l'écriture enterrera les mains des conteuses et qu'aucune voix ne nous guidera plus dans les ténèbres du mythe. Les lettres écrites, ces courbe, cette encre, ces mots morcelés, pourriront sur les feuilles, mémoire morte. Les contes seront oubliés. Pour elle, tout livre est un charnier? Rien ne doit être inscrit ailleurs que dans nos têtes. Elle a des contes tatoués sur les lèvres, un baiser de sa bouche, une caresse de sa main nous les impriment sur le front. (pages 323 à 325)

    • la seconde, Angela, à la voix d'ange, qui héritera d'une corneille qui lui permet de voir loin ... et qui se suicidera de l'amour impossible avec le père André
    • et Pedro, leur frère, aux cheveux roux, que personne ne veut pour filleul à part Lucia, la courtisane du village et son amant le vieil Heredia propriétaire de l'oliveraie où tant travaillent ; Pedro qui dessinent des meubles dans la maison après la perte du premier combat de coq, puis un gigantesque navire sur la façade de la maison des parents de Frasquita le jour où l'homme à l'oliveraie vient s'enraciner dans sa mère
    • puis sa sœur Martirio qui toujours parla avec les morts (comme le vieux meunier Julian décédé depuis plus de quinze ans et qui pourtant les nourrit un soir et leur offre 3 sacs de farine pour la route le lendemain) ; Martirio tuée par l'ogre Eugenio, le fils de la bohémienne Blanca (qui était sagette à Santavela) mais ressuscitée par la prière du dernier soir prononcée par sa mère ; Martirio qui hérita du don de donner la mort par ses baisers, malédiction bizarrement sans effet sur son mari le verrier Lunes ;
    • et Clara, la lumineuse, qui elle échappa à cette malédiction des dons. Comment aurait-elle pu retenir les prières transmises à la nuit pendant la semaine sainte dans un cimetière ? N'était-ce pas déjà suffisant pour elle de s'endormir dès la nuit tombée et de briller alors ?
    • puis la Mort :
      • dont les traits se glissent sur le drapeau brodé par sa mère à Salvador, drapeau qui sera le linceul de cet homme qui est peut être son père :
        • L'enthousiasme dégagé par le tableau était contagieux. Il donnait envie de respirer le monde à pleins poumons, d'en jouir les paumes ouvertes, de tous ses sens, d'en vivre intensément chaque instant. Il fourmillait de force, de désir, de joie, de passion, d'idéal. Ses couleurs vibraient au soleil automnal, formidables. Tout avait été cousu sur la toile, l'espoir, l'avenir, la guerre, la paix, le monde, les hommes et les femmes, et tout cela tenait ensemble, comme accordé depuis toujours. La révolution qui trouvait ici son expression menait à un nouvel âge d'or. [...] "Ceux qui verront ton drapeau ne douteront plus des lendemains, murmura le révolutionnaire au doux sourire et aux yeux clairs. (pages 314-315).
        • "Dans les espaces clairs, comme laissés en blanc par la couturière, le sang de Salvador s'était glissé, révélant un nouveau motif : une jeune beauté glorieuse la faux en main et, à ses pieds, une tête d'homme, une tête aux traits intacts, aux yeux clairs et au sourire engageant. Le visage qu'arborait Salvador avant le couteau du bourreau, avant les aiguilles de ma mère. Le visage que la mort aimait." (page 317)
      • ou qui visite sa mère sous les traits de la belle Adélaïde qui lui commande une robe de bal pourpre et l'entraîne d'erreurs en erreurs vers la tombe

    Je suis ce dernier vers, cette main rouge, enluminé de henné, qui mit fin à notre course folle, je suis celle qui obligea notre mère à se coucher. Je suis le bout du voyage. Je suis l'ancre et je ne peux qu'écrire pour que meure l'histoire qui nous berce et nous mure et fait de nous des êtres différents, intraduisibles et étranges à tous. (page 325-326)

    Et maintenant, que, par ma prière, surgisse la voix des mères : Mon nom est Frasquita Carasco. Mon âme est une aiguille. Tes feuilles lancées au désert, les voilà réunies, reliées dans un livre que tu pourras refermer à jamais sur mon histoire. Soledad, ma fille, sens ce vent sur ton visage. C'est mon baiser. Celui que jamais je ne t'ai donné. (page 439-440)


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  • Petits secrets des ducs de Lorraine au XVIIIème siècle de Pascale DebertEditions Gérard Louis - Avril 2016 - ISBN : 978-2357630918 - 123 pages

    Le vendredi 13 mai 2016 à la boutique Helmut et Petula passage Bleu à Nancy Pascale Debert dédiçait cet ouvrage.

    Petits secrets des ducs de Lorraine au XVIIIème siècle de Pascale Debert

    Si l'ouvrage, divisé en quatre parties (Cabinets de curiosité, libertinage et potins, Le saviez-vous ? et Endroits 100 % XVIIIème siècle) est agréablement illustré, j'ai eu du mal avec le style (au moins un point d'exclamation par page dans la première partie, des "lol" de-ci de là ...).

    La seule chose anecdote que j'ai pu partager depuis cette lecture concerne le surnom donné aux insectes baptisés gendarmes qui intéressaient tant Mademoiselle A et ses copains dans la cour de récréation.

    Il viendrait de la couleur des uniformes (rouges) de la cavalerie des gendarmes de France, dont des compagnies furent casernées par Louis XV à Lunéville.


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